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THE SHOW MUST GO ON

The show must go on - Photo noir&blanc

53 ans demain, tout à l’heure. Que d’errements, que d’erreurs et pourtant, encore aujourd’hui, comme aimait à le dire Nelson Mandela, je ne perds pas, j’apprends.

Ce soir encore, je me suis un peu retrouvé en Max, en Jean-Pierre Bacri, dans le « sens de la fête ». Un homme fatigué de vendre depuis 30 ans du bonheur en boite à des clients fatigants, Fatigué des contraintes et des aléas de son métier. Fatigué d’une vie compliquée, d’une femme qui ne souhaite plus lui parler, d’une maîtresse qui veut aussi le quitter. Fatigué au point d’avoir envie de tout laisser tomber. Pourtant Max, durant les deux heures que durent le film, avec, et se sera ma seule réserve, quelques longueurs, va rester presque impassible face à l’adversité d’une soirée de mariage qui tourne progressivement au désastre annoncé. Max s’accroche, avec cette sorte de détachement relatif qu’on connait à Jean-Pierre Bacri, à une philosophie basique, pragmatique, qui veut que lorsque tout ne va pas comme on veut, simplement, on s’adapte.

Ce film, la bande son d’Avishai Cohen, m’a fait repenser à mon récent voyage en Inde, à mes voyages africains, à toutes ces personnes dans le monde pour qui adversité rime avec quotidien et qui trouvent encore à sourire à l’inconnu qui passe. Pour eux, pour vous, pour moi, tout ne va pas toujours comme on veut et j’aurai beau lire, dire, écrire, réfléchir à tout ça, je ne pense pas qu’il y ait finalement autre chose à répondre que cela :

On s’adapte, avec un sourire.

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DÉMONS DE VÉNUS

botticelli_naissance_venus

A quelques heures de la fête des amoureux, il serait pour le moins inopportun pour le célibataire que je suis, encore hanté par les remembrances fortuites d’un amour aujourd’hui envolé, de critiquer un tant soit peu cette orgie commerciale de roses et de beaux sentiments qui nous attend. Je me la coincerai donc jusqu’à vendredi, qui tombe lui un 15 février, fête du drapeau tricolore mais aussi anniversaire de la naissance de Galilée, en 1564.

A la différence des amoureux de tout à l’heure qui ne s’intéressent finalement qu’à la chute de reins de leurs amoureuses respectives, Galilée lui, en mathématicien visionnaire, avait de plus larges perspectives et se passionnait pour la chute de corps célestes tous entiers. Il pratiquait ses expériences de préférence sur un plan incliné là où nos amoureux opèrent eux, en majorité, sur un plan bêtement horizontal. Bien loin du voyeur triste aux vues étroites, Galilée perfectionne dès 1609 la lunette astronomique et y plonge alors un regard curieux de l’univers tout entier. Il ne cherche pas à mettre le doigt sur un point noir au bout d’un nez ou à fixer des yeux les courbures d’un décolleté mais à distinguer les imperfections de l’astre solaire et à observer les satellites naturels de Jupiter. Alors qu’il est finalement assez facile de prouver par une simple observation que l’homme tourne toujours autour de la femme, Galilée lui, en publiant ses découvertes écorcha la théorie héliocentriste fraîchement énoncée par Copernic. Ainsi, selon Galilée, tout ne tourne pas autour du sexe, pardon, autour du soleil !

Il était important, si ce n’est essentiel, à la veille de ce jour si particulier, qu’on le susse… !

Discussion

QUE RESTE-T-IL DE NOS AMOURS

Conceptualisées par Elizabeth Kübler-Ross, psychologue et spécialiste du comportement, les phases du deuil, physique, sentimental ou professionnel sont devenues des classiques de la psychologie, peut-être même trop classiques (voir encadré).
Je me suis “amusé” pour ma part à les mettre en images, dans un exercice de photomontage…

CHOC 1

Le choc

DÉNI

Le déni

COLÈRE

La colère

suspension

La suite…

POUR ALLER PLUS LOIN

Elisabeth Kübler-Ross

Guidée par un instinct sûr, cette psychiatre fait partie des femmes qui ont paradoxalement sauvé l’Occident devenu mégalo, en lui réapprenant l’art le plus humain et le plus mystérieux qui soit : accompagner les mourants.
Psychologies

Je ne ferai pas mon deuil

« La théorie du deuil est devenue une véritable prescription : “On doit faire le travail de deuil” […], détacher les liens avec les disparus. Et le mort n’a d’autre rôle à jouer que celui de se faire oublier », constate Vinciane Despret, philosophe et éthologue belge. Mais en quoi le fait d’effacer ceux que nous aimons de notre mémoire nous permettrait-il d’aller mieux ?
Psychologies
Discussion

LA PENSÉE DE FRÈRE ANTOINE

Un dimanche, un jeune homme du Muy est venu me voir. Il me dit en prenant le thé: « Et après la mort, vous croyez qu’il y a quelque chose?»

Je lui répondis en bredouillant beaucoup: «Toutes les réponses sur cette question sont du domaine des croyances et non de l’expérience. Je pourrais te raconter tout ce que disent lès religions là-dessus; une fois que tu seras rentré chez toi, ça rentrera dans le grand réservoir commun des croyances et ta vie n’en sera pas changée. Pour comprendre la mort et la vie après la mort, il faut comprendre la vie éternelle dans son présent, maintenant, sans fuite aucune et donc se comporter dans tous les événements de la vie concrète à l’inverse de ce que l’on fait quotidiennement. » Or, c’était un gars curieux et travaillé par l’Esprit. Il repartit après avoir bu son thé et, à sa démarche, je vis quand il s’éloignait qu’il avait compris – quelque chose.

Quand il arriva au bout du chemin, plus de voiture. Il descendit les bras ballants au village, tout à fait décontracté et sans se poser de questions sur ce qu’elle était devenue ou qui l’avait prise. Il arriva chez lui assez tard et, ouvrant la porte de la chambre à coucher, il trouva sa femme dans le lit avec un autre gars, laquelle lui dit simplement: «J’ai cru que tu ne rentrerais pas. Retourne dix minutes d’où !u viens, on verra après. ». Mon garçon, qui n’était marié que depuis trois mois mais qui marchait à rebours, c’est-à-dire à l’endroit depuis trois heures, ne broncha pas. Il s’en alla à la cuisine, prépara deux cafés, les porta à sa femme et à son amant et s’allongea sur le bord du lit, du côté d’elle, dans la meilleure position d’attente et quand l’autre fut parti (ce qui ne tarda guère), il prit sa femme dans ses bras avec autant d’amour que de silence.

Le lendemain matin, il se rendit à son travail à pied. Mais il y avait un autre ouvrier embauché à sa place et le patron lui dit d’aller voir ailleurs.

La première épreuve, il l’avait avalée comme une potion amère, la seconde, dit-il, comme un dépassement victorieux mais douloureux; la troisième épreuve était accompagnée d’une tentation violente de faire marche arrière pour toutes les trois à la fois, mais il était trop tard. Il est remonté me voir en courant et il s’est jeté dans mes bras en disant: ­«C’est tout vrai. Je crois, non, je sais la vie éternelle.»

Source: Frère Antoine – Une bouffée d’ermite – Editions Pocket

Discussion

L’AMOUR

L’amour par essence fait sortir les philosophes de leurs gonds, les « dévergonde » en quelque sorte. Pas un sujet ne les a autant interrogés. Tout d’abord parce qu’il est au cœur de la vie des hommes, mais également parce qu’il détermine secrètement l’identité même du philosophe. En effet, on définit fréquemment la philosophie comme l’ « amour de la sagesse ». Et l’on oublie rapidement que, si tel est le cas, le philosophe n’est justement pas (un) sage ! En revanche, il est bien mu par le désir… de savoir et d’acquérir, au moins un peu, de sagesse. Le philosophe se caractérise donc bien plus comme un amoureux, un « désirant ». Platon l’avait bien vu, lui qui, dans le banquet, fait dire à Socrate qu’il ne prétend rien savoir, « hors de tout ce qui touche à l’amour ».

M. Leboeuf (2012). Plages Philo à l’usage de tous

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UN JOUR, AVEC OU SANS MOI

Seul,
j’entame cette nouvelle page blanche sans trop savoir où tout cela m’emmènera.

L’espoir et le désespoir m’accompagnent,
m’évitant tour à tour de sombrer dans la résignation.
Et pourtant.

Je suis fatigué, si fatigué de croire, si fatigué d’espérer arriver quelque part.

Mais pourquoi aujourd’hui penser courir après des chimères,
quand on a pu comme moi, encore hier, touché du doigt les nuages.

Et pourquoi faudrait-il encore que j’y croie,
quand tout ce qui fut m’a finalement amené là.

Comme souvent, j’ai l’impression d’affirmer tout et son contraire,
sans finalement ne jamais rien pouvoir trancher.

Je voudrais pouvoir essayer de vivre autrement et pourtant,
je ne parviens pas à me résoudre à changer.

Il y a, dans l’inconstance de mon existence
des moments si vrais, si surprenants, si invraisemblablement parfaits,
que je ne veux me résoudre à chercher la paix ou la tranquillité.

Cette instabilité, cette curiosité permanente m’invite encore à me demander,
assis seul sur ce banc,
ce que je ressentirais si j’étais assis sur le banc d’en face ou celui d’à côté.

Mais alors que cette question m’affole,
je suis ébloui par un rayon de soleil qui vient rebondir sur une fenêtre que l’on vient d’ouvrir.
Et l’attitude, le naturel de cette femme s’appuyant alors à son balcon est si juste, si vraie,
l’espace d’un seul instant,
que je remercie la vie de m’avoir offert cette image de plus, cette image de mieux,
oubliant alors pour un temps le banc d’en face, celui d’à côté.

Choisir sa route, son chemin, organiser son voyage,
est-ce l’assurance de voir tout ce qu’il y a d’intéressant à voir,
ou se priver de se laisser surprendre ?

Est-ce que la vie cherche à me distraire en permanence,
pour m’entendre dire au bout du chemin que tout cela n’était que tentations
et qu’à tout voir, tout vouloir, tout goûter, je suis seulement passé à côté ?

Je peux vous raconter ma vie de mille et une façons,
dire que je suis passé à côté ou que j’aime qui je suis devenu.
Il y a sans doute un peu des deux.
Il y a ces jours sombres où je m’en veux,
et ces jours immenses et merveilleux,
où tout m’a semblé clair, si parfaitement évident.

Quelles différences entre les deux ?

Quelle que soit la fin de l’histoire, quel que soit ce jour,
j’aurai vécu d’autres matins,
des soleils, des parfums, des instants qui ne demandent rien.
J’aurai aimé, aimé les gens pour ce qu’ils sont, aimé la vie pour ce qu’elle a eu à m’offrir.

Je me dois une nouvelle fois d’essayer aujourd’hui,
de ne pas la haïr pour ce qu’elle ne m’aura pas permis de garder.
C’est sans doute le prix à payer pour exister.